vendredi 29 février 2008

CUBA du 18 au 27 Janvier


Tout finit par arriver, j'attendais juste la démission de Fidel pour vous narrer mon voyage à Cuba. Les gens raffolent des ambiances fin de règne, de ces jours ordinaires qui bousculent l'Histoire, n'est-il pas? Nous y voilà. Dans ces lignes vous seront contés les derniers jours d'un condamné. Docteur wolff vous invite à prendre le pouls d'une île convalescente au pouvoir vacillant.
Néanmoins, chers clients, je prête solennellement devant vous le serment Pizza-Hut: si d'aventure les futurs messages blog n'arrivaient pas dans les 30 jours suivant le déroulement des évènements, je me verrai contraint de vous faire livrer une pizza. Une pour tous, et tous pour une. Merguez-bacon, ça vous va?
Aller à La Havane, c'était un peu un rêve. La quitter, c'en est devenu un aussi. La vie y est hors de prix, beaucoup de gens y sont roublards (les autres sympathiques sans être chaleureux), les bars y ferment à minuit, les rues y ont un nom officiel et un nom d'usage. Délabrée, sordide, inhospitalière (à l'exception de quelques rues du centre historique rénovées pour les touristes), la grande ville n'a rien à voir avec son île. La richesse d'autrefois éclate à tous les coins de rues (immenses palais coloniaux en ruines, grands hôtels victoriens, vastes places, longs boulevards et promenades), ce qui rend la rareté et les insuffisances présentes encore plus flagrantes. En fait, j'ai trouvé la Havane angoissante, très vide. Pourtant, on ne peut pas parler de pauvreté: la population vit, elle ne survit pas comme dans beaucoup d'endroits au Mexique. Certes elle est loin de vivre dans l'aisance, mais tout le monde a un toit en dur, de l'eau courante, de l'électricité, et de quoi manger. Tout le monde est logé à la même enseigne. La seule inégalité ici, c'est celle qui sépare le cubain et le touriste.
La première nuit nous avons logé à 7 chez l'habitant, dans le vieux Havane, clandestinement. Dès qu'on franchit le pas d'un immeuble ancien, c'est le choc: tout est croupissant. A l'étage, les grands appartements distribués autour du patio (lui-même comblé par une tour d'habitations!) ont été redécoupés pour que puissent s'y entasser des dizaines de familles. Notre hôte, Lourdès, vit au bout d'un long couloir qui serpente entre des petites baraques bétonnées. Elle vit avec son fils de 18 ans, l'amie de ce dernier, et un perroquet. On était tous un peu interloqués. L'endroit était sombre et froid. On se tenait à 7 dans un salon étriqué, on envahissait l'intimité d'une famille, ne sachant pas vraiment de quoi leur parler. Le dialogue avec eux était difficile. On ne se comprenait quasiment pas: les cubains parlent très rapidement avec un accent très différent du mexicain, et articulent à peine. Lourdès et sa belle-fille répondaient vaguement à nos questions et souriaient très peu.
Pour 25 dollars US chacun, on a dormi par terre sur des matelas et pris le petit déjeuner. Il a fallu se laver dans un seau car la douche ne marchait pas. Cette forme d'hébergement chez l'habitant est très répandue à Cuba, les hôtels d'Etat pratiquant des prix très élevés. Mais la loi interdit de loger plus de 2 personnes par chambre. En effet, les particuliers qui accueillent des touristes doivent payer une forte taxe mensuelle à l'Etat, en fonction du nombre de chambres et du service proposés (nuit seule, demi-pension, pension complète). En accueillant 7 étrangers dans son appartement non-agréé, cette femme risquait quelques années de prison. Elle nous a prié d'être le plus discret possible, pour échapper au contrôle de la surveillante du bloc. Car chaque pâté de maison est supervisé par un agent public qui y vit, compile des informations sur chaque habitant, inspecte régulièrement les logements et s'assure de la légalité des activités de chacun. La rumeur qu'untel ne se rend plus à son lieu de travail parvient vite jusqu'à elle. Les antennes paraboliques qui permettent de capter les chaînes étrangères à la télévision sont aussi interdites. Si elle tombe dessus, c'est la prison garantie. Et alors? Pour faire passer le temps, Lourdès allume quand même sa télé et nous montre une télénovela mexicaine. Dur dur.
Lourdès n'a pas attendu longtemps pour sortir son carnet de rations. Un tableau à double entrée: à droite les produits de consommation rationnés fournis par les Magasins d'Etat, à gauche les mois de l'année. Dans les cases, des croix et des tampons pour indiquer les quantités délivrées. 3 kg de riz/mois/personne - 1kg de poulet/mois/personne - du lait mais seulement pour les enfants de moins de 5 ans - des tomates, des goyaves, des bananes - 1 tube de dentifrice et 1 savon par foyer - etc. On se procure tout le reste dans les "Tiendas", où les prix sont en Pesos convertibles (= dollars US), absolument inaccessibles aux cubains. Pour notre petit-déjeuner, Lourdès ira acheter du pain, des oranges, du beurre, de la confiture, du lait et du sucre avec nos 25 dollars. Avec ce qui en restera, elle pourra s'acheter plus de savon et plus de viande. Si rouler les touristes est un sport national, en voilà la raison. Sans dollars venus de l'étranger, une famille peine à vivre décemment, car avec la monnaie nationale on n’achète guère que des fruits et des légumes. Voilà aussi pourquoi on se sent si mal à La Havane. On est une proie permanente. Pas si surprenant donc que les mendiants mendient du savon et des sucreries, plutôt que de l'argent cubain avec lequel ils ne pourraient rien faire. Je m'arrête là pour vous montrer quand même quelques jolies photos... Tout ne se mange pas mais il y a aussi du bon dans La Havane !


Le Malecon (bord de mer) et l'Atlantique déchaîné

AAAAH il pleut des vagues !




Le Malecon dans son habit du dimanche
Habana 90210 ou Sunset Beach?
Et le mojito fut. Tempête dans un verre.

Les trois caravelles de Cristobal Colun, un pêcheur qui ne connait pas la crise.




Une Lada pour madame, un cabriolet pour monsieur. Pas facile la vie de couple à Cuba


Place de la cathédrale
Un palmier qui sort d'un patio


Des chaussures pendues à une ligne éléctrique.
C'est pour faire un voeu (au Mexique aussi ça se fait).


Ministère des Prix ! Mouhahaha
Bah oui, c'est bien gentil l'offre et la demande, mais quand ya pas d'offre on fait comment, hein?
Un anniversaire à souhaiter? Faites-le avec un Che!





Le Capitole, palais législatif de la nation, réplique à l'identique de celui de Washington.

jeudi 31 janvier 2008

Nouvelle Adresse

pour envoyer du courrier, respectez l'orthographe et les passages à la ligne :

Damien WOLFF
EDIFICIO C-8 "Isla Tahiti", Depto #1
Unidad habitacional Morelos
161 Calle Doctor Navarro
Colonia Doctores
Delegacion Cuauhtemoc
067200 México DF

dimanche 16 décembre 2007

San Juan de Ulua






Et pendant ce temps là, à Veracruz...

Quelques photos des deux jours trop tranquilles passés à Veracruz en compagnie de Manu et Charlotte. Une bouffée d'air et d'eau de mer post-exams, j'achète :D
Démenti: contrairement à ce que disent les guides touristiques et la plupart des mexicains, Veracruz est une ville très charmante, et les plages n'y sont pas couvertes de puits de pétrole... L'eau est d'ailleurs bien plus claire que sur certaines plages de la Méditerranée ! Le nouveau port et le fort San Juan de Ulua m'ont beaucoup plus. C'est une ville industrielle et active, et par de nombreux côtés ça la rend belle. Ca change des bourgades typiques et des villes coloniales. Et surtout le climat... hmhmh chaud et tropical, j'aime !









Snorkeling autour des récifs coraliens
(I Love : poissons-tigres + énormes oursins)

Mexique-Haut

Charlotte, Moi, Manu et Seb sommes montés en haut de la Torre Latino-Americana le week end dernier pour pic-niquer au sommet du mirador. Panorama de ouf. Jettez un oeil au traffic, rendez-vous compte de l'étendue de la tentacule, admirez les contrastes, les beautés de pierres ou d'acier, vivez mexico en instantané...

L'Alameda central

La Torre Latino-Americana
181 mètres de ciel en moins

Polloacan

Coyoacan est un ancien petit village des environs de Mexico récemment phagocyté par la mégapole. Jadis y vécurent Diego et Frida, et chaque dimanche s'y tiennent simultanément un séduisant petit marché d'artisanat et des cours de danse en plein air. Le nom de la désormais célèbre colonia est une contraction nahuatl signifiant "ville des coyotes".
Tout cela est fort intéressant mais n'a finalement rien à voir avec ce dont je veux vous parler. J'exige uniquement que vous reteniez la chose suivante: en espagnol, poulet se dit "pollo". Car en effet, il serait tout à fait pertinent de rebaptiser la Calle Lopez en Polloacan (ville des poulets morts, par opposition à Gallinacan si ces derniers étaient vivants): elle regorge d'échopes très insalubres où l'on découpe et vend le poulet. Les commerçants approvisionnent tout le centre de la ville en volaille. Précisons que le poulet est la BASE de l'alimentation mexicaine. C'est précisément là que la survie devient difficile...
On ne sort pas intact d'un spectacle tel que le déchargement des camions de poulet le matin à 7h (poulets NUS, à même la glace, lancés aux commerçants à mains NUES, posés en plein air et sous un soleil NU, sur les comptoirs NUS)... Toute la journée, les employés font chanter leurs grandes cisailles, broyent et débitent, tandis que les eaux usées des boucheries stagnent dans les canniveaux, avant de trouver des égouts pendant la nuit. L'après-midi, il est fréquent de croiser des brouettes remplies de glace d'où dépassent des pâtes inertes et des chutes d'escalopes.
Bref si vous êtes d'avis que la viande réduit votre pouvoir d'achat comme peau de chagrin, si vous êtes végétarien en herbe, rien ne vaut un passage (même furtif) dans la Calle Lopez pour achever de vous persuader de ne plus consommer de poulet. Je doute qu'après ça vous réclamiez des photos, mais l'aspect folklo vaut tout de même le détour... Osez !



Noix de coco, para tomar


Calle Lopez

Depuis deux semaines je n'habites plus chez moi. Cela ne fait pas de moi pour autant un SDF au DF. Je crèche chez des amis dans le centre historique de Mexico (au départ c'est chez Charlotte) et on s'y réfère comme à la Calle Lopez ou à l'Ochenta y Tres (83). Changement total de décor, sympathique à bien des égards :) Comment vous expliquez...
Chez charlotte on a service jukebox gratuit grace au puesto d’en bas qui crache ses décibels à toute heure (ya du bon son donc ça gère). Chez charlotte le matin on se fait sortir du lit a 7h30 par deux sauvages qui meuglent « gaaaaas » (c’est comme ça qu’ils vendent leurs bonbonnes de gaz, à la criée), quand c’est pas par la cloche de la tournée des éboueurs. Chez charlotte à partir de 22h, la cuisine est investie par les cucarachas (non non, pas par des cariocas qui dansent la samba, par des cucarachas = des blattes). Chez charlotte il y a une grande terrasse pour se lézarder au soleil et admirer la torre latino-americana. En bas de Chez charlotte il y a une boulangerie à la production industrielle qui vend des croissants exquis pour quelques kopeks. Chez charlotte il y a des colocs mexicains qui miaulent (?). Chez charlotte on mange de la purée maison avec du jambon haché (miaaaam, comme quand j’étais tout lardon). Chez charlotte le jet de la douche délivre une pression a peu près correcte et objectivement efficace. Chez charlotte tous les soirs on entend la Garde Montée fouler le macadam en rentrant de l’Alameda central (Mexico City's Central Park). Chez charlotte on se procure des dvd piratés emballés prêt à mater en moins de 20 secondes montre en main. Chez charlotte on chante fort même après minuit. Chez la ptite charlotte on "toque toque toque qui est là" parce que l’interphone ne marche pas. Chez charlotte on loge une bonne partie des refugiés de la ville (français, allemands, péruviens, mexicains...). Chez charlotte on est un peu comme chez soi :D
Cependant à l'heure où je vous parle l'appart' est vide, tout le monde étant parti en vacances vers d'autres horizons, tandis que bibi se prépare à quitter mexico dans quelques heures pour San Francisco (!)



La Calle Lopez